SAMEDI 7 MAI 2022 à 18 h 00
Grandes écuries du château
de VILLENEUVE-LEMBRON

Georges Brassens n’était pas destiné à devenir ce
qu’il est devenu. Il est entré en chanson par effraction puis a étudié
et maîtrisé son art à la perfection pour en faire le vecteur de son monde personnel
et le transporter dans l’universel. Il a plongé au cœur de l’âme humaine dénoncé leurs bêtises et s’est appuyé sur leurs espoirs conscient que les
failles de l’humanité pourraient s’améliorer et que les démons qui dévorent les
hommes pouvaient être exorcisés. Il a bouleversé le paysage de la variété de la seconde
moitié du vingtième siècle. Il a mis à bas le romantisme sucré des
chansonnettes, cassé les codes ambiants de l’après-guerre tout en défiant les
lois du métier, y compris au cœur de la vague yéyé dont il ressortit encore
plus grandi. Ses chansons demeurent pour la plupart d’une criante
actualité. Elles traversent le temps comme par magie : « le temps ne
fait rien à l’affaire. »
Voici ce que Georges Brassens expliquait pour
détailler son éducation : « Comme école, d’abord, je n’ai eu que
mon oreille. Mais c’est très suffisant. Il est possible qu’un analphabète, au
milieu de gens cultivés, puisse à son tour devenir cultivé rien que par
l’oreille, en écoutant les autres. On prend ça comme on prend l’accent. Mes
parents n’étaient pas cultivés mais ils avaient le goût de la musique. Je ne me
suis occupé que de ça. J’ai négligé mes études. Je ne me souviens pas d’être
entré en classe une seule fois avec joie ; à l’époque de la maternelle, ça
m’embêtait de quitter ma mère, plus tard ça m’embêtait de quitter les vacances,
la liberté. Je passais mon temps avec une musique dans la tête. Dès que j’avais
entendu une musique qui me plaisait, je la ruminais pendant plusieurs semaines
et puis je l’abandonnais au profit d’une autre. Elle revenait plus tard si elle
tenait. Je passais mon temps à éprouver des espèces de frissons que je n’ai
jamais ressentis dans la vie autrement que par la musique. »
Tout Brassens est résumé dans ces quelques phrases. Il
s’est dévoué corps et âme à la chanson. Il n’a consacré sa vie entière qu’à
cela. Ce qui confère au sublime.Il était à la fois coureur de jupons et « fidèle
absolu » à mi-chemin entre l’amoureux transi et la tendre canaille. Ce
timide audacieux était aussi un désespéré de l’amour, un farouche affectueux,
un sage pornographe et un hardi pudibond. Le troubadour « au petit air frondeur »
tenait à la fois du libertin poétique et de l’amant impénitent. Il aimait
chanter la gaudriole et la paillardise tout en étant rétif à toute exhibition.
Ne perdons jamais de vue que Brassens, comme tout
homme, fut hérissé d’aspérités et avait, comme tout un chacun, ses failles. Il
a toujours chanté avec jubilation et s’est même parfois octroyé le droit de
blasphémer.
Ancien informaticien de la finance, Bernard Lonjon
réside à Sète, ville natale de Manitas de Plata et de Georges Brassens dont il
est l’un des meilleurs connaisseurs de la vie et de l’œuvre. Spécialiste de la
Belle Époque, de cinéma et de chanson française, il a publié des articles dans
plusieurs revues littéraires dont Les amis de Georges (70 articles), et Instinct
Nomade (7 articles sur Brassens) des nouvelles et une quinzaine d’ouvrages
sur la chanson française (Georges Brassens, Maurice Chevalier, Édith Piaf,
Manitas de Plata…), la littérature (Guillaume Apollinaire, Montmartre, Jean
Cocteau, Colette…), l’Auvergne (Saugues, Édouard Gazanion) et le cinéma
(Polanski, Pasolini, Émile Reynaud).Il a organisé et programmé les 269 évènements qui se
sont déroulés durant les festivités du Centenaire Brassens à Sète entre juin et
décembre 2021.Il a tourné dans le documentaire de Sandrine Dumarais
en 2011, Le regard de Brassens. Son livre J’aurais pu virer
malhonnête a servi à l’écriture du scenario du biopic La mauvaise
réputation de Gérard Marx sorti en 2012. Il a écrit la préface du catalogue de l’Exposition Robert
Combas chante Sète et Georges Brassens au musée Paul Valéry. Il a été Directeur scientifique de l’Exposition
Manitas au Conservatoire de Sète dont il a écrit la préface…